Le dernier livre d’Antonio DAMASIO ne peut laisser
indifférents les accompagnateurs ou les formateurs tenants de l’approche « mentaliste »
de la pédagogie proposée par Antoine de La Garanderie.
Entrepris à la suite d'Albert Burloud, ses
travaux connus sous le terme de Gestion mentale, reposent essentiellement
sur la réalité de la conscience humaine. Toutes celles et ceux qui s’en
réclament sont donc intéressés au premier chef par les recherches scientifiques
sur la réalité, l'origine et les capacités immenses de cette conscience.
Pour Damasio, elle est le fruit « époustouflant »
de notre « intelligence naturelle » à l’origine de la vie, tout comme
l’est l’invention « d'organismes dotés d'esprits fabriqués à la faveur d’une
autre nouveauté radicale, les systèmes nerveux, qui ont commencé à apparaître
il y a environ 500 millions d'années. »
Dès les premières lignes, nous nous sentons
concernés.
« Ce livre raconte les aventures de
l'intelligence naturelle. Leur véritable commencement coïncide avec l'émergence
de la vie. Ce fut un événement : rien de moins que l'inauguration d'une
nouvelle manière d'exister, sous une forme révolutionnaire : périssable.
Cette aventure s'est poursuivie avec l'extraordinaire développement de l'esprit,
des sentiments et de la conscience »
Ou encore à celles-ci, un peu plus loin :
« Mais que veut vraiment dire « avoir
un esprit » ? De manière très générale, cela désigne la présentation
privée d'images mentales générées par un système nerveux. Ces images sont des
représentations de tout ce qui nous entoure (…) Mais ce n'est pas tout :
les images mentales - et c'est crucial - représentent également nos viscères et
la manière dont ils fonctionnent pour réguler et maintenir la vie. Ce faisant,
elles représentent, sous forme de sentiments, les composants du corps et les
actions impliquées dans les états internes de nos organismes. En d'autres
termes, en se servant de tous nos sens, les images mentales représentent des
acteurs et des actions, non seulement à l'extérieur de nos organismes mais
également à l'intérieur de ceux-ci et c'est important. Alors ces images
créent une sorte de spectacle multimédia interne et privé et c'est pour imiter
ce spectacle qu'un beau jour on a inventé les films les enregistrements sonores.
À mes yeux, c'était une bonne manière d'essayer d'imiter la réalité
naturellement animé » et cinématographique de notre esprit et c'est
clairement une réussite. Pourtant le plus grand show auquel on puisse assister
sur terre c'est le spectacle total très riche qui se déroule dans l'esprit de
chacun d'entre nous. »
Je ne puis vous résumer cet ouvrage qui
reprend, de façon ramassée plutôt que simplifiée, les précédentes publications
de ce neuroscientifique dont l’autorité ne saurait être discutée en la matière.
Toutes ses phrases sont lisibles et importantes. Elles nous ouvrent des
perspectives propres à conforter notre engagement à la suite de La Garanderie,
et à alimenter nos réflexions et nos actions auprès des jeunes ou de leurs
responsables.
Je me contenterai d’indiquer quelques éléments
permettant d’appréhender un peu le contenu de cet ouvrage incontournable.
En voici tout d’abord la présentation par son
éditeur :
« Ce livre est né d’une conviction : je crois
qu’il est possible d’expliquer de manière convaincante comment la conscience
est fabriquée et ce qu’elle apporte à l’humanité. Alors comment la définir ?
Donnons-en une formulation rapide : la conscience est le processus biologique
qui permet à chacun de faire l’expérience de sa vie individuelle. En d’autres
termes, telle que je la conçois, la conscience nous permet de sentir que nous
sommes en vie, que nous existons. Grâce à elle, il nous est possible de conclure
que nous avons un esprit, mais aussi d’avoir l’intuition de sa nature privée,
et même la conviction assez forte que nous n’avons qu’un seul esprit et non pas
plusieurs. C’est incroyable, mais nous sommes parvenus à
approcher, je crois, au moins une petite partie du mystère – la fabrication de
la conscience – et à la résoudre. » (A. D.)
L'origine biologique de la conscience est
clairement exposé par Damasio. Contrairement à l'idée reçue, ce ne sont pas les
couches supérieures, les plus complexes, du cerveau qui en sont la source mais
bien les parties les plus modestes et archaïques qui constituent le tronc
cérébral.
En lisant ce livre on se rappelle La Garanderie
a fait des études de biologie parallèlement à celles de philosophie et de
psychologie. On ne peut s’interdire quelques rapprochements. Voici quelques phrases
tirées de son ouvrage fondateur « Schématisme et Thématisme » :
« …la conscience apparaît lorsqu'elle est
nécessaire à la vie. » p.166
«… un argument de bon sens, puisé dans des
observations ou des expériences, force à constater qu'il n'existe pas de
phénomènes psychiques purs, c'est-à-dire indépendant de toute relation avec
l'organisme du vivant. »p. 19
«
En effet l'affectivité est première. C'est un point sur lequel Burloud insiste
à maintes reprises dans son œuvre : « Nous admettons qu'il
existe chez tous les vivants une sorte d'irritabilité fondamentale comprenant
outre la capacité de réaction par laquelle on la définit d'ordinaire, un
rudiment d'affectivité à la fois algique et hédonique » ou
encore : « la vie sentimentale précède de loin et déborde de
toute part la vie intellectuelle » p. 119
Et aussi, p.166 -167 :
« La conscience, c'est le pseudopode
psychologique qui, foncièrement utile à la vie, surgit spontanément au moment
voulu ; en ce sens elle s'inscrit dans la nature (… ) On s'explique
que la conscience acquiert son maximum d'intensité de présence dans
l’hésitation, parce qu’alors pour agir, la prise de conscience des motifs
est indispensable (….) Allons plus loin. Il est parfaitement possible que,
comme on l'a soutenu, la conscience soit contemporaine de la vie, et qu'elle
ait joué un rôle dans l'établissement des mécanismes physiologiques.»
« Il y aurait donc dès les manifestations
de la conscience dite passive, dès la conscience spontanée, une « poussée
de la vie » qui cherche à s'adapter à la situation et qui a besoin de la
conscience pour le faire…. Le « vouloir vivre », l'élan vital travaillent en deçà de la
conscience et augmentent le registre de sa « sensibilité ».
« (La conscience ) obéit à un principe
d'économie : elle avertit le vivant juste au point qu'il faut pour que
celui-ci s'adapte aux conditions qui se présentent. »
A propos du terme « hésitation »
employé par La Garanderie, voyons ce que dit Damasio sur les intelligences
artificielles : elles sont à l’image des activités des parties supérieures
de notre cerveau, les plus complexes ; mais elles sont dépourvues de corps
et donc de conscience. Elles n'ont pas besoin de conscience parce qu'elles
n'ont pas de corps, elles n'ont pas de vie. Elles sont « artificielles »
parce que dans leur système « il n'y a pas de risque, il n'y a pas de vie,
pas de peur, pas de problème, pas de vulnérabilité.» Pour qu'elles acquièrent
une conscience, il faudrait qu'elles soient confrontées à la vulénrabilité. En
d’autres termes, il faudrait qu’elles soient amenées à « hésiter »… pour
« s’adapter à la situation »…
Voir l’entretien entier dans cette video
de La Vie : https://youtu.be/vT0tPslpha4?si=t44H6C6rJdT_-XZG
Pour ne pas être submergés par la vague des IA qui vient sur nous, développons nos consciences et nos intelligences "naturelles" ! Et nous, nous savons comment faire...
Bonne
et fructueuse lecture !

