Je republie aujourd'hui un entretien de juillet 1990 avec un très bon élève qui n'a rien perdu de son actualité.
Notamment sur la fin, lorsque cet élève réalise que sa
vision un peu scolaire de restitution enfermait l'apprentissage sur lui-même, le
rendant ainsi peu intéressant. Il s'ouvre alors à une autre finalité : communiquer
avec les autres et leur retransmettre ses connaissances.
J'ai voulu savoir ce qu'il était devenu après son bac C où
il avait obtenu une mention Très bien. Ces mentions n'étaient pas encore galvaudées
comme elles le sont aujourd'hui et seulement 0 8% des admis de 1992 ont eu cette
récompense.
Mes recherches m’ont conduit à l'Université de Strasbourg où
il est professeur agrégé en sciences politiques. Il est attaché à l'Institut d'Etudes Politique
(Sciences-Po). Il donne également des cours à l'Université.
Déjà très bon élève au collège où il faisait l’admiration de
ses professeurs et de ses camarades, il a bénéficié en Seconde d’une initiation
à la Gestion mentale dispensée dans le tutorat dont j’étais le responsable.
Cette structure héritée d’une l’expérimentation menée chez nous des années plus
tôt, regroupait une demi classe, soit entre 15 et 18 élèves selon les années.
Une heure de « tutorat » hebdomadaire me permettait cette initiation
en plus des habituelles occupations d’un professeur principal dont les « tuteurs »
assuraient les fonctions.
Connaissant mes formations et mon goût pour l’ « aide
cognitive », les responsables de Seconde me confiait des élèves en
difficultés, scolaires ou autres, parfois assez lourdes. Pour équilibrer (surtout
au niveau de la classe entière), j’héritais aussi de bons élèves. Et parfois de
très bons, comme cette année-là avec ce jeune.
À l'instar d’Antoine
de La Garanderie, j'ai ainsi eu l'occasion de suivre de près l'évolution d'un
crack, tel ceux qu'il avait rencontrés dans les années 1970. Au long de ma
carrière, j’en ai d’ailleurs rencontré bien d’autres de ce niveau qui, après
leur bac, intégraient les classes préparatoires du lycée Sainte Geneviève, l'établissement
même où Antoine enseignait alors et où il avait débuté sa longue et fructueuse recherche.
Les entretiens que je pouvais ainsi avoir avec eux m'ont ouvert un champ
d'exploration passionnant qui me servait à agir au mieux auprès de jeunes moins
à l'aise dans leurs tâches scolaires. Par la suite, mes formations et mes
activités en GM en furent bien nourries.
À cette époque, j'avais en effet entrepris de me former sérieusement
à la gestion mentale (mieux que par mes seules lectures). Je travaillais alors
à l'ISP dans le cadre de la formation au « profil pédagogique » animée
par Antoine. Je commençais aussi timidement à animer des formations
d'enseignants. Le besoin de support visuels se faisait sentir pour nourrir ces
formations. Notre établissement était pilote depuis 1970 dans les moyens
audiovisuels proposés aux élèves et à leurs professeurs en accompagnement de
l'enseignement traditionnel. Un centre fort bien équipé occupait une grande
surface des bâtiments avec un animateur dédié formé à l'Institut d’ Audiovisuel,
dont le directeur-fondateur n'était autre… qu’Antoine de la Garanderie.
À l'issue de cette année scolaire 1989-1990 , j'ai donc
proposé à cet élève si performant d'enregistrer un entretien avec lui. Le but
n'était pas tant de l'aider que de construire un support pouvant montrer à des
personnes en formation ce que pourrait être un entretien pédagogique, sinon un
dialogue pédagogique précis. Il se trouve que ce dialogue lui a permis de
mettre de l'ordre dans ses acquisitions de la gestion mentale et de les stabiliser.
C’est ainsi qu’il cristallise sa découverte de l'année, qui couronnait toutes ses
autres compétences acquises jusque-là en leur donnant une finalité plus
valorisante : retransmettre ses connaissances à d'autres que lui.
Après son bac, j'ai perdu contact avec lui. Mais à
l'occasion de la reconstitution de cet entretien dont j'avais perdu la vidéo (faiblesse
et merveille des techniques numériques actuelles !), je me suis enquis de
ce qu'il était devenu. Et j'ai pu constater avec bonheur que cette découverte
de l'importance de la communication aux autres comme aboutissement de l'effort
intellectuel l'avait conduit à ce métier
par lequel il peut retransmettre à son tour tous les acquis de ses études et de
sa culture personnelle.
J'ajoute que contrairement à ce qu'on pourrait penser, cet élève ne jouissait pas d'un statut social privilégié. Sa mère était espagnole et son père portugais. Elle travaillait comme femme de ménage et lui était maçon et ne parlait que difficilement le français. Mais tous les deux étaient convaincus que l'École était le moyen de se construire au mieux de ses capacités naturelles. Et que cette chance méritait bien des sacrifices.
Entretien avec un très bon élève.
On trouve également cette vidéo dans mon message 39- Entretien-profil avec un "bon élève" et entretien "méthodologique" avec un moins bon... La comparaison entre ces deux élèves est éclairante !
