Comment comptes-tu t'y
prendre ?
Sur ce dessin voir note 1[1]
Un enfant vous pose
problème ? Vous cherchez à l'aider mais ne savez comment faire ?
On le dit trop « impulsif » ? Il est impatient d'agir ; à peine la consigne donnée ou l’acte envisagé, ne souffrant aucun délai il se jette immédiatement dans l'action. Il est brouillon, se précipite, se trompe souvent et perd du temps à revenir en arrière... sans mieux savoir où aller. Il ne finit pas ses devoirs en temps limité… Il est facilement distrait de ses tâches et se décourage vite dans ce qu'il entreprend ainsi sans préparation, sans réflexion. « Il a bonne volonté mais gâche des capacités réelles par son irréflexion » dit-on de lui, ou aussi « Il manque de motivation », (alors que c’est plutôt de la « mobilisation » de ses capacités… ). Avant de conclure à un trouble plus sérieux avec ses conséquences redoutées, il s’agit peut-être juste d’une maladresse « pédagogique » liée au développement neuronal non encore abouti à cet âge. Voyons cela de plus près.
Avant toute activité, avant tout travail scolaire demandant un minimum d'organisation, avant toute action qui ne soit pas une réponse réflexe à un stimulus externe, il faut un minimum d'organisation, de plan d'action et donc de préparation mentale (« parer mentalement à l’avance »...comme le font les bons sportifs avant une épreuve dans laquelle ils ne s'engagent pas "à la légère", sur une simple impulsion de leur corps impatient... ).
Cette préparation ou organisation, cet itinéraire mental vers un but, c’est ce que l'on appelle un « projet mental d'action ». Il n'est pas inné ; le cerveau seul ne peut y satisfaire. Il nécessite l’entrée en jeu d’un "esprit conscient" [2] qui, en toute intériorité, planifie, organise, choisit et décide de la meilleure manière de procéder.
C'est ce projet et lui seul qui va
mettre en action les « fonctions exécutives » du cerveau ; sans
lui, elles resteront « l'arme aux pieds » (et ne se développeront que difficilement). Ces fonctions cognitives
supérieures sont bien déjà présentes dans le cerveau de l'enfant, mais en cours de constitution, son
lobe frontal n'étant pas encore totalement développé ce qui est n'est effectif
que vers 25 ans… dit-on. Mais en attendant que ce développement ait été mené à
son terme, « ad ultum » (cet aboutissement de la maturation cérébrale
qui signe l’entrée dans l’âge adulte… en principe…), l’enfant a besoin
d’un étayage, d’un accompagnement spécifique dans la mise
en route et l’entrainement de ses capacités cérébrales encore non totalement maîtrisées.
Par son aspect « opérationnel » le projet mental d’action (le comment faire) se distingue de la simple intention (l'objectif visé, dont il dépend étroitement). L'intention seule peut être fugace, insuffisamment « pensée », une simple impulsion, un « mouvement vers » un objet ou une action, comme un mouvement du cœur vers un but désiré. En deçà, il peut être l'expression d’un projet de sens plus profond qui colore fortement tous nos actes, mais qui reste en arrière-plan, en sous-main dans un inconscient cognitif dont on a peine à l'extraire sans un interlocuteur formé à la Gestion mentale et par le moyen d’un dialogue plus spécialisé.
Passer de l'intention au projet
d’action susceptible de mobiliser les fonctions exécutives du cerveau, voilà en
revanche un point d'accompagnement plus aisément accessible. Sans nécessité de connaître
en détail la dynamique complexe du projet mental (ca vaut toujours mieux,
mais il faut s'y former…), on peut aider un enfant trop impulsif avec une simple question. Avant toute
action ou tout travail qu’il se propose de mener, demandons lui :
« Comment comptes-tu t’y prendre ? »
Ainsi, l’enfant est invité à passer du flash mental de son intention à peine esquissée à une préparation
plus méthodique de son action. La verbalisation nécessitée par sa réponse
l'obligera à rentrer en lui-même, à prendre le temps de la réflexion, à choisir
les mots qui l’aideront à préciser son image trop floue du but désiré, tout autant
que les moyens qu’il se propose d'employer pour l'atteindre. Cela ralentira son rythme désordonné, l’habituera à différer le résultat espéré et calmera son émotion
précipitante (fruit de l’absence de projet) qui le fait foncer tête baissée
dans tous les pièges et se cogner à tous les obstacles de l’apprentissage scolaire, si peu
naturel pour lui.
Une fois prise cette habitude de préparation mentale réfléchie (objectif éducatif majeur), renforcée par les bons résultats qu'elle entraîne, l'enfant accédera alors petit à petit à une véritable autonomie dans son travail et sa vie. Cela contribuera à accélérer la maturation des neurones de son lobe frontal anticipateur et, par conséquence, à améliorer la qualité de ses fonctions exécutives cérébrales dont il est le siège. Le cerveau et l’esprit conscient sont intimement liés et ils marchent de conserve. Les dissocier est toujours source de difficulté scolaire et plus généralement de trouble du développement neuronal (voire de santé mentale).
Ou comment une simple question de bon sens peut amener un enfant à entrer progressivement dans le sens même de son apprentissage et de son développement humain.
[1] Image empruntée à un article du site des Hopitaux Universitaires de Genève , « Pulsations » : https://pulsations.hug.ch/article/lhyperactivite-et-les-troubles-de-lattention#gsc.tab=0
[2] Je
reprends ici l’expression d’ « esprit conscient » employée par
Antonio Damasio, le célèbre neuroscientifique, à la place de celui de « conscience »,
terme moins précis et trop connoté, et qui peut faire réagir négativement.