samedi 19 septembre 2015

91 - La "pédagogie des gestes mentaux", qu'est ce que c'est ?

Lors des stages avec les classes "seconde de méthodologie", je suis amené à préciser pour les parents l'approche pédagogique que je propose à leurs enfants. Cela permet de situer mes propositions "intériorisantes", alors qu'ils s'attendraient plutôt à ce que je leur "donne " des méthodes venues de l'extérieur (voir mon message n° 88). J'ai donc rédigé le texte suivant pour les stages de cette année. 

CONTENU DES STAGES EN CLASSE DE SECONDE DE METHODOLOGIE 

Le contenu des stages est directement inspiré de la Pédagogie des Gestes mentaux (Gestion mentale)
 d’A. de LA GARANDERIE.

Qu’est-ce que la pédagogie des gestes mentaux ?

1.         Une pédagogie de l’intériorité, de l’épanouissement personnel et de la relation.
Bien que les stages soient dits de « méthodologie », ils n’ont pas pour objet de transmettre de l’extérieur des conseils ou des méthodes qui seraient réputés efficaces pour tous.

Ces stages visent au contraire la découverte d’une méthode de travail personnelle qui peut ainsi  varier d’un élève à l’autre. Il s’agit d'amener les élèves à entrer en eux-mêmes, à contacter leur activité mentale intérieure, à la découvrir et à la partager avec l’aide du formateur.  Comment ça se passe dans ma tête quand je lis un texte, quand je cherche à comprendre un passage difficile, quand j’apprends du vocabulaire, etc. ?  Comment font les autres ? Comment pourrais-je améliorer ce fonctionnement  personnel pour le rendre plus efficace ?

Chaque élève découvre que son activité mentale est différente de celle de ses camarades.
En prenant connaissance du mode d'activité mentale des autres, il  peut modifier le sien, le développer et l’enrichir pour l’adapter au mieux aux attentes scolaires. En même temps qu’il se découvre lui-même, il découvre ses camarades dans une partie de leur intériorité (la partie "cognitive" et non l'affective). Il peut ainsi les considérer avec un intérêt nouveau et nouer avec eux une relation plus authentique. C'est la base solide qui permet d'entrer dans une relation d'entraide mutuelle, si favorable à la réussite de tous. Les professeurs, témoins de ces découvertes, peuvent eux-aussi entrer dans une relation de plus grande proximité "pédagogique" et humaine avec leurs élèves et les accompagner au mieux par la suite.

2.         Une pédagogie du sens de l’école.
Lors des stages, un éclairage est donné aux jeunes sur les attendus du lycée, aux différents moments de leur « métier d’élève ». Qu’est ce qui est réellement en jeu
·        -  lorsqu’ils acquièrent  une information et qu’ils cherchent à la comprendre et à la mémoriser (dans une lecture, pendant un cours…),
·         - lorsqu’ils réutilisent leurs acquis dans une situation le problème (contrôle, examen),
·        -  lorsqu’ils communiquent  le résultat de leur réflexion dans une production orale ou écrite.

Comme pour un travail manuel ou une activité sportive, il y les bons gestes qui font réussir. C’est le sens de l’expression « gestion mentale » : connaître ces gestes et apprendre à les pratiquer de mieux en mieux en s’y entraînant. Quels sont les bons « gestes mentaux » à effectuer pour être et rester longtemps attentif, pour mémoriser, pour comprendre, pour réfléchir, pour bien m’exprimer par oral ou par écrit ? Comment me servir de mon imagination dans les tâches scolaires ?

Cet éclairage leur permet d’être vraiment autonomes dans leur travail personnel. Ils savent quoi faire, quand le faire, comment le faire, en général et eux personnellement, et  pour quoi le faire en anticipant au plus juste les réutilisations futures de ce qu’ils apprennent. 

Mais  cet accès à l’autonomie est menacé par une difficulté de taille : les élèves n’arrivent pas en seconde sans avoir certains « savoirs », certaines croyances à propos de ce qu’il convient de faire dans leur travail, de comment mémoriser, comprendre, etc. De mauvaises habitudes se sont installées en eux. L’objectif  des stages est de faire évoluer ces habitudes défectueuses vers une adéquation plus juste avec les vrais enjeux du lycée. Une adéquation qui ne vise nullement une adaptation standardisée, comme "robotisée", aux objectifs scolaires, mais au contraire une libération des potentialités personnelles pour optimiser ce que ces objectifs  permettent d'ouverture à une culture humanisante et à une créativité épanouissante.

3.         Une pédagogie de l’engagement.
Malgré tout,  cet éclairage, ces informations, ces découvertes personnelles, cela ne suffit pas toujours à provoquer le « déclic » tant espéré, la décision personnelle et durable de se mettre au travail. L’élève reste libre de s’engager ou non dans le jeu, si nouveau pour beaucoup et parfois un peu déstabilisant, qui lui est proposé. L’arrière-plan affectif, souvent chargé négativement, peut empêcher un jeune de croire en lui-même et en ses possibilités. Le poids de ce passé, la peur toujours présente de se tromper, de ne pas y arriver, de décevoir, bloque parfois toute motivation pour un travail scolaire encore synonyme de difficultés insurmontables et pénalisantes.

Pourtant l’expérience prouve qu’avec le temps, toutes ces nouvelles acquisitions «  travaillent » de manière plus ou moins consciente dans la tête de ces jeunes. Le changement espéré s’opère selon des rythmes individuels très diversifiés.  L’encadrement des professeurs et de l’institution, l'accompagnement attentif et bienveillant des parents, vont jouer leur rôle en proposant un cadre et des incitations diverses propres à stimuler la mobilisation [1] attendue. Les premiers à se mettre en route voient assez vite les résultats de leur engagement dans un travail devenu source de meilleure réussite, et même bien souvent de plaisir.

Cette possibilité de découverte et d’épanouissement de soi-même ouvre pour chacun un avenir de réussite scolaire et humaine : à chacun d’en profiter s’il en a le désir. 

4.       Contenus des trois stages.

  • Stage de Septembre.
Découverte de son fonctionnement mental personnel. Découverte des gestes mentaux d’attention (concentration), de compréhension, de mémorisation. Ce stage se termine sur une question : que faire de ce que j’ai compris et mémorisé ? Restituer ? Réutiliser ?

  • Stage de novembre.
Découverte du geste mental de réflexion en résolution de problème et de l’activité de communication orale ou écrite. Où l’on voit que la mémorisation et la réflexion sont intimement liées et ne vont pas l’un sans l’autre. Le stage se termine sur une question : comment faudrait-il que je comprenne dès le départ pour pouvoir assurer la réussite de ces deux activités centrales de la réussite au lycée ?

  • Stage de mars.
Découverte de l’activité complexe de compréhension approfondie des contenus scolaires. Qu’est-ce qui fait sens pour moi quand j’apprends ? Comment dépasser mes limites personnelles de compréhension et accéder à une compréhension plus générale et plus efficace des contenus scolaires ?


[1] la motivation, c’est ce qui nous pousse en avant, ce qui vient donc de derrière nous, de notre passé. La mobilisation,  c'est ce qui nous tire en avant, vers un avenir de réussite.

mardi 15 septembre 2015

90 - Plan numérique national ou comment prendre le problème à l’envers.

Extrait du rapport de l'OCDE du 15/09/2015 :
"Le rapport intitulé « Students, Computers and Learning: Making The Connection » indique que même les pays qui ont considérablement investi dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable de leurs résultats aux évaluations PISA de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences. (C'est moi qui souligne)

D’après l’OCDE, le fait de s’assurer que chaque élève atteigne un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques contribuera davantage à l’égalité des chances dans notre monde numérique que le simple fait d’élargir ou de subventionner l’accès à des services et des appareils de haute technicité. "


Ce rapport vient comme une confirmation de mon article paru dans le Lettre Fédérale IF, intitulé
Plan numérique national ou comment prendre le problème à l’envers.

Bien sûr,  je ne me réjouis pas d'avoir eu raison en écrivant ce texte.  Mais j'enrage de voir tant d'efforts et de moyens mis en jeu pour finalement rater l'objectif visé : rétablir un peu plus de justice et de réussite pour le plus grand nombre dans une Ecole qui s'obstine à éviter l'essentiel. On ne le dira jamais assez : c'est avec sa tête qu'un élève apprend, comprend, lit, analyse, synthétise, résout des problèmes, élabore son expression surtout écrite... Les moyens d'aider les jeunes dans cette connaissance d'eux-mêmes et dans l'usage de leur intelligence existent mais ils sont rejetés pour de fausses raisons idéologiques ou des croyances héritées d'une psychologie comportementale révolue (et qui a conduit au désastre actuel). Tant qu'on refusera cette "pédagogie de l'intériorité", on continuera de s'enfoncer dans les classements internationaux. Quoiqu'on puisse penser de leur "scientificité" ou de leur adaptation à notre culture, ils ont quand même leur part de vérité dans la compréhension d'un problème aussi complexe que celui de l'apprentissage intellectuel.

lundi 14 septembre 2015

89 - Mémoriser, un geste d'intériorité.

Pour  faire suite à mon précédent message sur l'attention, voici  un texte d'Antoine de LA GARANDERIE qui décrit clairement ce qu'est le geste mental de mémorisation, en le distinguant nettement de la simple répétition "mécanique" auxquelles on assimile trop souvent cet acte de connaissance qui est par nature en totale intériorité. J'y joins la fiche que je donne à mes stagiaires après leur avoir fait découvrir dans leur propre expérience la réalité de ce mouvement de pensée qui s'ouvre à l'avenir.


Extrait de la conférence donnée par ADLG à Lyon en 2008 : « Pour une pédagogie de l’intériorité ».

« Si je prends la mémorisation, vous allez me dire : « eh bien ! la mémoire à partir du moment où on a fait exister dans sa tête, si on a exprimé les choses, on a dû mémoriser. » Que nenni ! Que nenni ! Je connais des sujets, et qui font exister dans leur tête les choses, et qui vont regarder cette bouteille dix fois, puis la faire émerger dans leur conscience dix fois, sans rien mémoriser. Alors même qu’ils l’auront fait dix fois. Mais pourquoi cela ? Normalement le pli devrait se prendre puisqu’il le répète ! Mais la répétition est un acte simplement mécanique, ce n’est pas un geste de sens d’avenir. Faute de pénétrer l’intériorité du sujet, on en reste uniquement à des constats du genre « c’est mécanique. » Mais ce n’est pas un geste mécanique, un geste d’intériorité est nécessaire. Quel est le geste d’intériorité qui permet la mémorisation ? « Quand tu regardes cette bouteille, ou avec des mots, ou avec des images, ou en la dessinant, pense que quand tu ne la verras plus elle peut te revenir dans l’avenir, que tu vas pouvoir la faire exister dans ton avenir ». Ceci est un geste d’intériorité : faire exister dans l’avenir c’est le geste qui permet la mémorisation. Sans intériorité vous n’avez pas de pédagogie de la connaissance. Voyez-vous les gestes les plus simples, celui de l’attention et de la mémoire, sont des gestes d’intériorité. Mets dans l’avenir ce que tu acquières, c’est un avenir d’intériorité que tu vas pouvoir mettre dans l’extériorité de la vie ; c’est intérieurement que tu fais ce geste, c’est dans ton intériorité que tu le vis et c’est dans cette intériorité que tu vas pouvoir l’exprimer. C’est une nouvelle forme d’expression de l’acte de connaissance. »

Pour une pédagogie de l’intériorité. Conférence, Lyon, mai 2008





88 - Se concentrer, oui. Mais sur quoi ?

Se concentrer, oui. Mais sur quoi ?

Les premiers stages de l’année dans « mes » classes de seconde dites « de méthodologie » viennent de se terminer. Cette année, j’ai pris la précaution de faire réfléchir les élèves à ce qu’ils mettaient sous le mot « méthodologie ». Les années précédentes, j’avais remarqué que certains entraient difficilement dans la démarche de découverte de soi-même que je leur proposais.  De plusieurs réflexions de la part de ces « réfractaires », j’ai compris qu’ils s’attendaient à « apprendre des méthodes », c’est-à-dire à ce que je leur donne de l’extérieur des conseils pour améliorer leur travail sans qu’ils aient à s’investir dans la découverte de leurs propres capacités et des véritables enjeux de la scolarité, sur lesquels leurs erreurs sont pourtant constantes. Cette petite mise au clair de leurs représentations erronées au sujet des stages a permis aux élèves d’être beaucoup plus rapidement et intensément partie prenante dans les activités qui ont suivi .

Après la découverte de la réalité du projet mental et des évocations, nous avons, comme d’habitude dans ce premier stage, travaillé les gestes mentaux d’attention, de compréhension de premier niveau et de mémorisation. J’ai particulièrement insisté sur l’attention, confondue souvent avec la concentration. Il me paraît utile de s’arrêter un moment sur le sens de ces deux mots et ce qui les distingue ou les rapproche.

L’origine latine de « attention » nous renseigne sur le sens de ce mot : AD -TENDERE = se diriger, se tendre vers quelque chose. Cela indique un mouvement vers un objet de la réalité environnante sur lequel une personne décide de « porter son attention ». Cet objet est donc extérieur à la personne. Comment va-t-elle se tendre vers lui ? En  privilégiant le sens de perception correspondant à la nature de l’objet visé et en dirigeant vers celui-ci son activité perceptive : par exemple en classe, la vue pour  ce qui est montré au tableau (je dirige mon regard vers le tableau…), l’ouie pour ce que dit le professeur (je tends l’oreille vers les paroles du professeur…), le sens tactile pour ce qui est des manipulations ou des mouvements (je tends la main vers l'objet, je le tâte, je le manipule…), et dans certaines autres activités, les sens olfactif (je hume...) pour l'œnologue, ou gustatif (je tends les lèvres...) pour le cuisinier... Cette activité est décrite par le neurologue comme l’inhibition des sens de perception qui ne participent pas à cette attention sélective. Pour le pédagogue, il s'agit plutôt de privilégier le sens le plus adapté à la tâche. Cela peut sembler la même chose : le choix (acte volontaire) d'un sens entraîne bien l'inhibition momentanée (acte involontaire) des autres. Mais, si le résultat de ces deux actions est le même au niveau des circuits de neurones, activés ou inhibés, le pédagogue, lui, est en mesure de donner des indications utiles aux élèves : regardez le tableau, écoutez moi. Il serait bien difficile de leur recommander « d’inhiber » (processus involontaire et inconscient) un ou plusieurs de leurs sens perceptifs ! Tout comme, d'ailleurs,  de "faire le vide dans leur tête" ! Les neurosciences et la neuropsychologie expérimentale peuvent être utiles pour comprendre les mécanismes cérébraux en jeu dans l’apprentissage ; il est néanmoins illusoire d’en attendre, du moins directement, des informations pédagogiques.  

 Mais est-ce aussi cela "se concentrer" ?

Que fait-on "dans sa tête" lorsque l’on tend son oreille vers la voix du professeur, ou que l’on pose son regard sur le tableau ou le texte à lire ? Une expérience rapide permet de se rendre compte que l’activité mentale correspondant à la perception choisie est d’une tout autre nature : je peux « me parler » dans ma tête ou former une image différente à propos de ce qui est montré au tableau pour le comprendre, ou « me faire un film » de ce que je lis sur un papier, je peux « voir » ou « me parler » dans ma tête à propos de ce que mon oreille perçoit des paroles entendues, etc. Et c’est bien sur ses « objets mentaux » (intérieurs) que je dois me concentrer, pour en prendre "pleine conscience", pour les « manipuler », les enrichir de mes propres souvenirs,  pour les comparer à l’ « objet de perception » (extérieur) et m’assurer ainsi de leur fidélité.

Ainsi l’attention et la concentration ne sont pas des activités identiques. L’une, la première chronologiquement, est physique et neuronale (même si elle elle dépend de la décision consciente du sujet "attentif"), l’autre, dans un deuxième temps, purement mentale (même si elle fait intervenir en arrière-plan et de façon inconsciente les réseaux neuronaux impliqués dans cette activité mentale). La seconde dépend étroitement de la première. Mais, au-delà de cette différence de nature et d'appellation, elles se combinent pour constituer cette première activité qu’un élève qui veut réussir ses études doit savoir pratiquer de façon prolongée, dès lors qu'il met son cerveau « au travail » : une attention soutenue et approfondie.

Les élèves de ces classes de « méthodologie » ont tous fait l’expérience qu’ils pouvaient ainsi être attentifs et concentrés trois jours durant, au cours de séances d’une heure et demie chacune (même si certains trouvent que c’est parfois un peu fatiguant…). À la fin du stage, la plupart des élèves font ce genre de constat : « je suis très fatigué mais je suis heureux et serein, j’ai repris confiance en moi ».










samedi 22 août 2015

87 - Modèle pédagogique Pégase : Historique d'une recherche-action personnelle.

Les 9 et 10 mai dernier, à FERRERE dans les Hautes-Pyrénées, l'Association Initiative et Formation Midi-Pyrénées fêtait le 30 ème anniversaire de sa création à Toulouse autour de Christiane PEBREL l'une des premières formatrices à diffuser l'esprit et les travaux d'Antoine de LA GARANDERIE, connus sous le nom de Gestion Mentale. Une quarantaine de formateurs et de praticiens en GM, des plus anciens aux plus récents, se sont donc retrouvés autour de Christiane, avec le plaisir que l'on devine. Odile de LA GARANDERIE avait tenu à partager la joie de ces retrouvailles. Ce fut une rencontre très dense et riche du croisement de cette diversité de pratiques et d'expériences.

J'avais eu le grand honneur d'être invité à présenter à mes collègues le modèle pédagogique Pégase, issu de mes formations, réflexions et expérimentations auprès de jeunes collégiens et lycéens en difficulté d'apprentissage. Pour l'occasion, je me suis penché sur les racines de ce modèle, sur sa longue histoire et sur les intuitions et influences diverses qui ont accompagné sa gestation et m'ont permis de le formaliser et d'en faire le "fil rouge" de toutes mes formations d'enseignants et de stages ou entretiens avec les jeunes.

C'est cette plongée dans plus de 50 ans de ma vie professionnelle qui a constitué mon introduction à une présentation des lignes de force de Pégase. J'ai repris les notes ayant servi à mon exposé et je  propose ici un texte plus élaboré à celles et ceux d'entre vous qui s'intéressent à ce modèle.

Naissance du modèle pédagogique « Pégase »
Historique d’une recherche-action personnelle.

Un anniversaire invite à revenir dans le passé, à recontacter les origines, les racines de quelqu’un ou de quelque chose. Nous sommes réunis pour fêter l’anniversaire de la naissance d’IFMP (Association Initiative et Formation Midi-Pyrénées). Cela nous ramène 30 ans en arrière. C’est déjà beaucoup. Pourtant, permettez-moi de vous ramener encore un peu plus loin, à la naissance de la réflexion dont je vous livrerai tout à l’heure le résultat actuel dans ses grandes lignes.

I - Un intérêt ancien pour une psychologie de l’intériorité.

Le travail que je vais vous présenter n’est pas né de la dernière pluie et il n’est pas né de rien… Il est le résultat d’une recherche-action personnelle débutée il y a une cinquantaine d’années.
Pour mieux la comprendre, il faut revenir à ses origines.

  • J'ai eu une scolarité primaire et secondaire assez perturbée par divers accidents  familiaux ou de santé. J'en ai gardé le souvenir de plusieurs épisodes où j'ai trouvé, seul ou implicitement par l'action intelligente de certains de mes professeurs, les clés d'une relative efficacité. Ces découvertes sur moi-même et les enjeux de mon travail scolaire m'ont permis, sans efforts superflus, l'obtention de mes deux baccalauréats, ce qui était alors une petite performance. En effet, à cette époque le bac s'obtenait en deux parties, bien plus sélectives qu'aujourd'hui, et il fallait avoir réussi la première pour accéder à la seconde : 10 % seulement d'une "classe d'âge" accédait ainsi à la classe de Terminale et moins encore obtenait ce 2° bac, ouverture à une première année "propédeutique" (elle aussi éliminatoire) à l'université. Très loin des 90 % d'aujourd'hui et de l'engorgement des premières années de fac... Mais c'est surtout ma classe de Terminale, série philosophie, qui a influencé la suite de mon parcours.
  • Année 1957-1958, j’ai été fortement impressionné par le programme de psychologie de cette série : attention, perception, mémoire, imagination, jugement, raisonnement, idée et concept, conscience, introspection,  images mentales, tendances, émotions, sentiments, Burloud, Ribot, Binet, Wurzbourg …  Tout ces notions, tous ces auteurs m’étaient familiers.  Extraits glané dans mon classeur de philo de l’époque :
-       « Une personne, c’est une conscience et une liberté. »
-        « Pouvons-nous connaître les phénomènes mentaux ? »
-        « Nous sommes formés de tendances qui dirigent notre vie. Elles régissent aussi les animaux mais l’homme peut les modifier. » (Tendances = arrière-grand-mères de nos « structures de projet de sens »…).
-       « La conscience n’est pas l’organe : c’est l’acte de l’esprit. »
-       Définition de la psychologie : « Science positive des faits psychiques pouvant être connus directement par la conscience ».
-       Méthodes de la psychologie : «1.  Introspection personnelle ; 2. Médiation d’autrui ».
-       Introspection =  une attention à des états de conscience intérieurs au moment où on les vit. Être présent à l’acte et à l’action menée. Introspection différent de réflexion. »
-        « Attention expectante : l’attention se concentre sur un objet qui n’est pas présent. On éprouve l’effort avant qu’il  ne se déclenche sur l’objet, car l’objet n’est pas encore là. Etat de vigilance et d’attente dans une direction définie. Une activité prè perceptive ou pré motrice avant la perception ou les fonctions motrices. L’attention est souvent orientée. » L’ancêtre de notre "projet mental".
-       La dissertation philosophique : « C’est un problème à résoudre. Il faut qu’il y ait un problème pour que  l’intelligence s’accroche. Il faut, dans les premières lignes, poser le problème. »

II - Un terrain favorable à la pensée d’Antoine de LA GARANDERIE (ADLG).

  • Ma première rencontre avec ADLG (du moins sa pensée) a eu lieu il y a 40 ans. À la sortie de « Une Pédagogie de l’Entraide » (PE) en 1974.  Mais dix ans auparavant, après des études littéraires, j’avais suivi une formation d’Educateur Scolaire (APES) : forte influence de C. ROGERS, primauté de la relation inter-personnelle, dynamique des groupes, non directivité, écoute bienveillante, positivité, intérêt véritable pour l’élève, formation à l’entretien… Après 1968, dans mon lycée jésuite de Bordeaux, expérimentations pédagogiques  tous azimuts,  Centre Audio Visuel [1], groupes de niveaux en Seconde, tutorat prof-élèves, lycée expérimental en 1973… A la même époque Tony Buzan écrit « Use your head » (Une tête bien faite), prônant moyens mnémotechniques, réactivations systématiques et schémas heuristiques… Déjà !
  • En 1970, après plusieurs années à encadrer successivement tous les niveaux d’âge du collège, j’ai pris la responsabilité des classes de 1°/Terminales. Particularité de ce lycée jésuite, les élèves étaient répartis en petites équipes pour les temps d’étude et de vie commune (journée de  8 h à 19 h pour tous les élèves plus 20 h-22 h pour les internes, dont j’avais été…). L'entraide entre élèves de différents niveaux d'étude était l'objectif déclaré de cette organisation, d’où mon intérêt pour ce livre (PE). Mais aussi j’étais déjà préoccupé par la question de l’apprentissage scolaire : « Qu’est-ce qu’apprendre ?  Comment apprend-on ? ».
  •  A partir de mes connaissances sur le sujet, même bien courtes à l’époque, j’avais écrit une première petite méthode de travail, un peu succincte mais efficace tout de même, pour les élèves les moins à l’aise dans leur travail. J’avais cherché à mettre en lumière ce qui pouvait se passer dans la tête de quelqu’un depuis la réception d'une information jusqu’à son retour dans les différents travaux scolaires. Mais cela restait un peu formel. J’avais juste l’intuition d’une succession d’étapes, de transformations successives. Simple conscience d’une transmutation et de l’importance de l’activité intérieure de l’élève.
  • Le terrain était donc très réceptif à la pensée d’ADLG dans PE. De plus, j’occupais un poste d’observation tout à fait particulier : n’étant pas enseignant d’une discipline précise, je n’étais pas encombré d’un programme à transmettre. Mais vivant quotidiennement et de façon très proche avec les élèves dans leur travail personnel, j’étais placé idéalement au carrefour des enjeux et des contraintes de leur situation scolaire. En plus de cela, mes souvenirs de lycéen et d’étudiant étaient encore très frais.
II – Des formations qualifiantes en GM.

  • Au début des années 80, sont arrivés de nouveaux élèves, de moins en moins bien équipés pour affronter les exigences du lycée (les « nouveaux lycéens » de F. Dubet). Besoin accru d’aide au travail personnel. La lecture et la fréquentation assidue des « Profils Pédagogiques » donnant lieu à de multiples expérimentation avec mes élèves de tutorat,  m'ont permis d'apporter un contenu abondant, comme une chair vivante, à ma première méthode de travail trop squelettique. Elle s’enrichit encore avec les ouvrages suivants, toujours en grande partie consacrés à la pédagogie même si l’aspect « approche phénoménologique » fondamentale devint  progressivement de plus en plus prédominante dans les écrits d’ADLG.
  • En 1984, je suis devenu Responsable éducatif de l’ensemble de l’Etablissement : 2000 élèves, de la maternelle au BTS, avec un système d’adjoints et d’équipes dont j’assurais la coordination. Je pris également en charge un tutorat (1/2 classe de Seconde) et une classe de 3° redoublants. Parallèlement, je travaillais avec plusieurs équipes d’enseignants du collège et du lycée, dans des protocoles expérimentaux qui me donnaient un champ d’observation de plus en plus étendu.
  • En 1988, armé de cette expérience, je participais à une formation longue en Gestion mentale avec Christiane PEBREL (première rencontre avec ADLG "en personne"), et j'obtenais le Label de Formateur en GM en1990. Dans le même temps, je suivais la Formation au Profil Pédagogique avec Hélène Catroux et ADLG à l’ISP. Le tout aboutissait à la publication de « Découvrez Votre Méthode de Travail », 1991, aux Editions du Rocher, préfacé par Françoise BRISSARD, Présidente de l’Association nationale Initiative et Formation (ancêtre de la Fédération IF actuelle). Mon mémoire de fin de formation en quelque sorte.
  • PE n’est plus adapté au monde scolaire tel que nous le vivons aujourd’hui. Par ailleurs, ADLG a beaucoup développé sa pensée dans les années qui ont suivi. Notamment, il ne se contente plus seulement de demander aux élèves comment ils ont fait ou comment ils auraient pu faire dans telle ou telle tâche qu’ils viennent de réaliser, il vise désormais également à proposer des définitions descriptives des gestes mentaux à effectuer aux différents moments de l’apprendre que sont l’attention, la mémorisation, comprendre ou réfléchir, comme il l’écrit en exergue de l’édition de 1994  : « On peut sans doute inviter l’élève à réfléchir sur ce qu’il fait quand il est attentif,  quand il mémorise… etc. Mais à l’élève qui vient demander : que faut-il que je fasse pour être attentif ? Pour mémoriser ? Pour comprendre ?…, si nous répondons : réfléchissez…, il s’en ira gros jean comme devant. Nous avons à lui proposer des définitions descriptives de ces gestes mentaux. Il aura non pas strictement à les réfléchir mais à les « agir». Il aura à les placer dans l’évocation d’un imaginaire d’avenir » PE, p. 12.

III - Les racines d’une recherche-action personnelle, naissance de PEGASE.

  • Il  reste que ce premier livre d’ADLG  est fondateur comme il l’écrit dans ce même texte, reconnaissant que tout ce qu’il avait publié par la suite y avait ses racines. Quelles racines ? Son parcours scolaire, sa surdité ? Bien sûr, c’est ce qui est le plus connu. Mais aussi, plus profondément peut-être : les enfants battus lorsqu’ils ne réussissaient pas, scènes insupportables vécues dans son enfance et qui l’ont fortement impressionné et révolté. Il en parlait souvent, notamment dans ses entretiens avec les jeunes. Sa vraie motivation : une immense compassion pour ceux qui peinent à l’école.  Mais cette compassion vise moins à les consoler qu'à les aider : « Éveiller l’élève à l’intelligence des tâches que l’école ou les centres d’apprentissage demandent d’accomplir, PE, p. 9  ». Quant au maître, son rôle devrait être non plus seulement de « distribuer le savoir, mais d’aider les élèves à forger les instruments qui les rendraient aptes à l’acquérir ». Que ne l’a-t-on entendu plus tôt… !
  • De la même façon, je pourrais dire que cette première rencontre avec la pensée d’Antoine a fondé et structuré ma réflexion par la suite, principalement autour de quatre idées forces :
     1- La projection vers l’avenir est essentielle dans tout apprentissage, et pas seulement au moment de la mémorisation ; « On n’apprend bien que si on s’est déjà ouvert à la perspective de l’avenir » (PE, p.60)

     2 -  La dimension relationnelle  qui marque le rapport à entretenir avec l’élève et qui est à la base du  DP. Elle serait agalement selon ADLG à la base de la mémorisation : relation à autrui, mais qui doit aussi s’élargir jusqu’à embrasser les situations futures de réutilisation : « On apprend quelque chose pour quelqu’un » (PE, p.42). J’ajoute « pour quelque usage déjà entrevu ». Relation entre le présent et l’avenir.

    3 - La réflexion non seulement comme base de toute prise de conscience, et donc de l’évocation elle-même, mais aussi comme (PE, p. 12)  une forme propre de prise de conscience, celle d’acquis propres à la solution de problèmes. Et aussi, p. 39 : « l’outil de la réflexion doit être forgé. Il n’est pas tout donné ni tout fait. Il faut que l’élève le fabrique, qu’il  l‘affûte, qu’il s’en empare et qu’il commence à le manier. On a trop vite fait de croire qu’il s’agit de présenter à l’élève un objet d’étude pour qu’il puisse immédiatement s’y référer et exercer l’activité de réflexion à son endroit. »

    4Les actes qui mènent à la connaissance s’enseignent. Dans PE p.37 : « Beaucoup d’élèves ne démarrent pas, faute de connaître les instruments pédagogiques dont ils doivent se servir, ni les modes de leur usage. …  L’élève manque d’assurance quand on lui demande de s’emparer d’un objet de connaissance, alors qu’on lui laisse ignorer avec quoi il peut le faire ». Et aussi p. 36 : « La réflexion, l’attention, la mémoire, etc. s’enseignent. Ce sont des valeurs culturelles et non pas seulement naturelles. Trop souvent on a voilé une carence pédagogique sous le manteau de la lacune mentale, moyen commode de se dispenser d’un effort d’élucidation pédagogique. N’est-il pas curieux qu’on puisse se référer sans cesse à ces concepts principaux que nous venons d’énumérer et ne jamais les caractériser, encore moins les définir ? Réfléchissez donc, dit le maître. Et si l’élève demandait : « qu’est-ce que ça veut dire réfléchir ? » Ou encore : « comment faire attention ? Comment faire pour apprendre et retenir ? Comment faire pour comprendre ? » Le pédagogue hanté par le souci de l’acquisition du programme s’est fort peu penché sur le discernement des moyens. Il s’est attaché, presque exclusivement, à l’objet du connaître. Le pédagogue a les mains pures, mais il n’a pas de mains. »
  •        On notera que cet effort d’élucidation pédagogique porte sur les seuls actes de la connaissance : cela donne des mains peut-être, mais où est le cambouis ? L’élucidation doit porter également sur les tâches elles-mêmes pour la réussite desquelles les « concepts principaux » de la pédagogie sont nécessaires.
  •     On notera aussi une distinction capitale, qui refait surface actuellement dans plusieurs ouvrages sur le malaise de l’école : les valeurs culturelles et non naturelles des actes constitutifs de l’apprentissage scolaire. On peut dire la même chose des objets du connaître : ce ne sont pas des objets naturels, concrets ou familiers, mais des objets culturels, abstraits et symboliques. Ils demandent donc pour "s'en emparer" des processus et les procédures qui ne sont pas totalement identiques à ceux utilisés dans l’environnement habituel des enfants et des ados.

IV - Une découverte déterminante : la méconnaissance des règles du jeu de l’école.

  • Pendant toutes ces années, à la demande de professeurs ou des élèves eux-mêmes, j’ai constitué et animé des  groupes de réflexion sur les méthodes d’apprentissage : comment j’apprends  et comment apprendre ? Je m’efforçais de transmettre la réalité de ces « concepts principaux » de l’apprentissage à des élèves en difficulté.
  • J’ai très vite trouvé les limites de cet accompagnement = l'ignorance ou les confusions des élèves sur les buts à atteindre : pour quoi, en vue de quoi  j’apprends ? Le monde scolaire avait déjà beaucoup changé et il n’a pas cessé de le faire depuis. Pour ADLG dans PE on apprend pour réciter au professeur. Etait-ce vraiment suffisant ?
  • Une nouvelle piste de réflexion s’est alors ouverte  pour moi : la question de la lucidité pédagogique signalée par ADLG dans PE, p. 20 : « ce qui fait défaut à l’école, c’est la lucidité pédagogique et le fait qu’elle ne soit jamais mise en partage. »
  • Ces propos faisaient écho à ceux de Bourdieu dans la même période : « L’école n’enseigne pas explicitement ce qu’elle exige  de tous,  tout en exigeant de tous qu’ils possèdent ce qu’elle ne leur donne pas ». Le monde scolaire s’est-il, depuis, beaucoup éclairci à ce sujet ?
  • Aujourd’hui la récitation ou les seuls exercices ne suffisent plus à constituer la perspective d’avenir qu’un jeune doit donner à son apprentissage, particulièrement à son geste de mémorisation. Il s’agit plutôt de constituer et de développer des compétences : on apprend pour réutiliser son savoir dans des situations problèmes. Mais quelle est l’activité qui est à la base de la constitution d’une compétence ?
V - Résistance des anciennes conception sur l’apprendre.

  • J’ai alors rencontré un nouvel obstacle : les croyances des élèves, leurs fausses conceptions de l’apprentissage faisaient de la résistance et s'opposaient aux enseignements que je leur prodiguais. Il n’y avait pas qu’Antoine à mettre la récitation en point de perspective à l’apprentissage des leçons. C’est un vieux projet hérité de notre histoire, de notre culture : le « vase vide à remplir » est toujours bien présent dans nos représentations de l’apprentissage, jeunes, parents, professeurs confondus ! Abandonner cette conception, rassurante quoique fort peu motivante pour les élèves, représente toujours un grand risque.
  • Comment alors faire entendre aux élèves les bons projets de sens qui correspondent aux nouvelles exigences scolaires, tels que Pégase voudrait leur en donner les clés ? En commençant toujours par les aider à identifier « leurs mauvais, leurs détestables projets de sens »[2] déjà installés. C’est le rôle du Q-Sort outil de mise à jour des représentations inconscientes (message 19 :  « Accompagner le changement des représentations des Lycéens sur leur travail »).
  • Bref ma réflexion a porté sur la réalisation de cette synthèse : éclairer les élèves à la fois
-     sur la diversité des cheminements vers la connaissance de façon à pouvoir y reconnaître leur  propre cheminement et à le développer,
-     sur la structure des actes qu’ils ont à produire selon les différents moments de l’apprentissage scolaire …
-     …en lien avec les attentes des enseignants souvent si opaques pour les élèves.

VI - Conclusion et présentation de Pégase.

  • Pégase n’est pas une présentation exhaustive de la GM dans ses développements les plus récents et les plus fidèles. C’est plutôt un dialogue entre la GM et l’école. C’est l’éclairage que la gestion mentale peut apporter à un monde scolaire de plus en plus difficile à comprendre.
  • Cette synthèse ne vise pas à une adaptation mécanique des élèves aux impératifs scolaires. Elle veut créer  les conditions d’une  autonomie véritable  dans leur rapport  au monde scolaire. Pour Spinoza,  l’homme trouve la liberté dans une connaissance aussi adéquate que possible de soi-même et du monde, monde scolaire en l’occurrence. Pour être vraiment autonome,  un élève doit savoir :
-       Quoi faire,
-       A quel moment le faire,
-       Comment le faire, en général et lui en particulier,
-       Pour quoi le faire
  • Dans la mythologie grecque, Pegase, le cheval ailé, est source de sagesse. Il naît de la mort de Méduse, symbole de la peur, et combat la monstrueuse Chimère, et autres mauvaises croyances qui égarent les élèves et faussent leur jugement.
  • Dans « Pour une pédagogie de l’intelligence », page 114,  ADLG écrit : « Tout est demandé au sens en pédagogie et toute la pédagogie suppose que le problème du sens doit être résolu avant qu’elle ne commence ». Si cela n’a pas été fait dans l’éducation familiale préscolaire (toujours source de grande inégalité…),  c’est à l’Ecole elle-même de les aider à solutionner le « problème » que leur pose le sens de l’Ecole. Il n’est jamais trop tard pour commencer à proposer les éclairages appropriés.
  • Ayesha Gayatri Devi, fut la dernière reine du royaume indien de Jaïpur. Elle fut, en politique la principale adversaire du premier ministre Indira Gandhi. Sa préoccupation pour l'éducation des femmes l'amena à fonder une école à leur intention. Celle-ci fut inaugurée le 12 août 1943 et accueillit 24 jeunes filles. L'école était établie sur le modèle de l'école publique britannique. Une des anciens professeurs témoigne dans un récent reportage télévisé : « Il a fallu commencer par le début. C’est-à-dire leur apprendre ce que c’était que l’école, leur apprendre ce que c’était que la connaissance, leur apprendre comment on lit, comment on écrit, les bonnes tenues, à manger avec une cuillère, une fourchette, parce qu'en Inde à ce moment-là on mangeait beaucoup avec ses doigts ».
  • Comme pour ma lecture de PE en 1974, finalement tout est dans le commencement.


Présentation du Powerpoint.

« Voyage initiatique au pays de « l’apprenti sage », celui qui sait dompter Pégase. »


Voir dans la page "Spécial enseignants", la présentation officielle de Pégase dans la conférence donnée au CRDP de Rouen en Janvier 2010. La présentation de FERRERE a été simplifiée pour en présenter les grandes lignes, et surtout le lien entre mémorisation et réflexion, ainsi que l'étape incontournable de la communication à autrui... si absente des représentations sur l'Ecole !






[1] On se souvient qu’Antoine de LA GARANDERIE dirigeait à cette époque l’Institut d’Audio-Visuel (IDA) à Paris.
[2] Comprendre les chemins de la connaissance » (2004), p.20

lundi 22 juin 2015

86 - "J'ai ouvert mes oreilles intérieures"

Hier, un de mes amis, ophtalmologiste réputé, désormais en retraite, m’a livré l’anecdote suivante. Il me raconta comment son père, grand chirurgien, le considérait comme un cancre et un bon à rien. Et bien sûr son comportement tendait à confirmer cette projection paternelle. Il était en troisième, lorsqu’un jour d’école buissonnière, un de plus, une pensée lui vint subitement : s’il continuait dans cette voie il ne serait jamais médecin comme il le souhaitait. Alors, il rentra à la maison et se mit à étudier un cours de physique auquel jusque-là il n’entendait rien, et que bien sûr il n’aimait pas comme du reste d’autres matières dans lesquelles sa compréhension était difficile. Il se mit à lire ce cours et, je cite, « je me suis rendu compte que j’ouvrais mes oreilles intérieures, et je me mis à le comprendre ».

Voici un bon exemple de ce fameux "déclic" que tout le monde attend mais qui ressemble souvent à l'Arlésienne, aux Tartares dans leur désert… ou à ce qu’aperçoit "sœur Anne" du haut de sa tour… Alors qu’il est si simple de le déclencher, sans attendre que de complexes raisons psychoaffectives ou d’importants bouleversements psychiques ne le provoquent, fortuitement ! 

Je n’en veux pour preuve que le cas d’E., un élève de seconde que j’ai eu en stage de méthodologie cette année. On me l’avait présenté comme atteint d'un syndrome d'Asperger et connaissant de grosses difficultés de concentration. Lors de notre première rencontre, à la première pause, il se mit à l’écart des autres, conformément à l’étiquette qu’on lui avait collée sur le front. Je le voyais regardant fixement dans le vide. En m’approchant je me rendis compte qu’il regardait un vol d’insectes évoluant dans un rayon de soleil. Je lui demandai ce qu’il faisait. Il me répondit : « je regarde et j’analyse ce que font ces insectes. J’aime beaucoup les animaux et les insectes en particulier». Je lui demandai alors ce qui se passait dans sa tête pendant qu’il regardait et qu’il analysait. Il prit un moment avant de me répondre, je pouvais presque suivre l’introspection à laquelle il se livrait pour répondre à ma question : « Je me parle et je me raconte ce qu’ils sont en train de faire ». Je relançais : "Et tu fais cela pour cette fois seulement, ou bien le fais-tu habituellement ?". Lui :  "Je me rends compte que je le fais chaque fois que je veux analyser ce que je vois ou ce que j’entends". Je lui dis alors : "Et pendant que tu fais cela, es-tu concentré ?". Sa réponse fusa :" Oui. Bien sûr !". Je repris : "Eh ! Bien, c'est cela se concentrer. Et tu peux le faire chaque fois que tu le veux. Le savais-tu ?" Il ne le savait pas. Mais à la fin de l’année, lors du bilan final (message 85), il est apparu qu’E. était devenu l’élève le plus concentré de tous, tel que tout professeur souhaiterait voir tous ses élèves. Lui aussi avait décidé "d'ouvrir ses oreilles intérieures", de s'écouter penser, de se parler ses perceptions. Son "déclic" aurait pu attendre encore longtemps, et peut-être (mais je reste prudent là-dessus) son autisme aurait-il encore progressé… Au lieu de cela, je l’ai provoqué par une petite question, presque anodine, presque de la conversation courante… Mais elle lui a permis de rencontrer « ses oreilles intérieures », et tout le reste a suivi, comme coulant de source. Comme pour mon ami ex-cancre devenu grand ophtalmologiste. D'autres, c'est vrai, auraient pu "allumer leur regard intérieur" ou "ressentir leur toucher intérieur".... Mais dans cette diversité des moyens mentaux, le déclencheur serait bien le même.

La gestion mentale ne fait pas de miracles. Elle provoque simplement les déclics salutaires et donne les "clefs du mieux apprendre" (message 84) sans attendre l’arrivée des Tartares  pas plus que celle de tous les conseils "de pleine extériorité" dont on abreuve ces pauvres enfants réputés "inattentifs" !

Voici un extrait du bilan rédigé par E. le dernier jour de l'année: « Cette année de seconde a eu le même impact sur moi que la Renaissance sur l’Europe. Tout a été remis en question, et est encore en reconstruction en ce moment même. J’ai compris que la compréhension ne consistait pas en heures penché sur des lignes mais en données décryptées et remanipulées. (…)  Il me faudra des mois, des années même, avant que mes méthodes s’affinent. Guy, vous avez été le lanceur de la fusée. Maintenant que j’ai quitté la stratosphère, à moi de poursuivre la route en surmontant les obstacles, en gérant le carburant ».

Autiste ? Je ne saurais le dire. Imaginatif ? Assurément ! et pour le meilleur résultat de ses études.

mercredi 17 juin 2015

85 - Apprendre est devenu un jeu pour mon cerveau !

Bilan de fin d’année en classe "de méthodologie"  - Juin 2015.

Voici venu le terme d’une année d’accompagnement de ces classes dites « de méthodologie », où sont regroupés des élèves dont le passage en seconde générale et technologique était problématique en fin de troisième. Il est temps de faire le bilan de cette aide si particulière. J’ai donc, comme tous les ans, laissé la parole aux élèves : pour une fois que les professeurs, et en général les adultes, les écoutent attentivement… Cette année, des anciens de l’an passé sont venus témoigner de la manière dont ils avaient abordé la classe de première en essayant d’y adapter les découvertes faites l’année précédente sur eux-mêmes et sur les attentes du lycée. Un de ces anciens, indisponible pour cette rencontre, m’avait envoyé la veille le mail suivant, qui m’a fourni le titre de ce message : « Je tenais cependant à vous remercier pour les méthodes que vous m’avez apprises et qui m’ont beaucoup aidé cette année. Je me suis surpris moi-même. Ce fut une expérience très enrichissante je tenais sincèrement à vous remercier car apprendre est devenu un jeu pour mon cerveau. Encore merci pour tout ! Amicalement. »

Une semaine auparavant, j’avais reçu un message d’un autre de ces jeunes, encore plus ancien, qui me donnait les résultats de ses concours d’entrée en Ecole des Mines et des Arts et métiers (après un DUT de Mesures Physiques et une année spéciale de préparation) : « Je suis admissible partout avec une moyenne de 15,6  ! ». Six ans auparavant, on le disait en grande difficulté et on ne le voyait pas réussir dans les études générales… 

Je vous invite à lire les témoignages des élèves de cette année : ils sont tous intéressants à des titres divers. On peut y voir le travail en profondeur opéré en eux par cette initiation à la gestion mentale et l’éclairage que Pégase peut leur donner sur ce « monde scolaire » (voir message 83) dans lequel, jusqu’ici, ils se débattaient à l’aveuglette. C’est un peu long, je sais, mais ce n’est pas tous les jours que des élèves nous apprennent des choses essentielles sur l’apprentissage : aucune réforme ministérielle ne saurait remplacer cet apport sur le « dessous des cartes » d’une scolarité réussie. 


En effet, les trois stages de l’année ne suffisent-ils pas pour que les élèves modifient leurs mauvaises habitudes de travail, comprennent mieux ce qu’on attend d’eux au lycée, reprennent confiance en eux et dans leurs capacités propres ? Assurément, ces stages sont indispensables au vu de l’état dans lequel nous arrivent ces jeunes après des années chaotiques de collège, parfois même de primaire. Mais tout ce vécu, des stages comme de l’année avec les professeurs, risque fort de s’évanouir lorsqu’ils vont être plongés dans le « grand bain » des classes de première ou de secondes "normales" qu’ils vont intégrer l’année prochaine et où l’accompagnement, les rappels, les encouragements ne leur seront plus prodigués, du moins pas avec autant de profondeur et de régularité. Il faut donc qu’ils atteignent auparavant sur ce sujet une autonomie véritable et cela ne se peut que si leur vécu de l’année devient réellement une expérience, base de leur adaptation aux exigences futures. Et cette expérience ne peut venir que d'une relecture méthodique de ce vécu, pour en extraire toutes les "leçons".

Une relecture de l’année.

C’est le rôle de ce bilan de « relire » l’année écoulée, c.a.d. de faire revenir à la conscience les événements et les enseignements qui ont marqué chacun au cours de ces stages, de ces semaines d’accompagnement des professeurs. C’est l’objet du premier questionnaire-bilan que je leur ai demandé de remplir individuellement, comme une aide pour cette relecture intime.

Une évaluation du changement opéré.                                                                  

Ensuite, j’ai demandé à chacun des élèves de se reporter en pensée au mois de septembre 2014 et de constater ce qui avait changé en eux entre ce moment et ce jour de bilan de fin d’année : « moi en septembre – moi en juin ». C’est une véritable évaluation de leur processus de changement qui est ainsi réalisée. J’ai retranscrit intégralement ci-dessous ces évaluations personnelles dont il ressort une très grande lucidité et maturité pour ces ados qui ne se reconnaissent quelquefois plus, mais s’en montrent parfaitement satisfaits.

Une perspective ouverte sur le futur.

Mais un bilan, si c’est regarder en arrière, c’est aussi regarder en avant, et tracer le chemin qui s’ouvre devant nous. La séquence « Conseils aux successeurs », permet ce double regard en prenant du recul sur le vécu analysé pour en extraire le plus important pour chacun et en le mettant en forme en commun pour les suivants. Quatre groupes ont travaillé et formulé ces conseils aux plus jeunes, « de pair à pair » : l’ouverture d’esprit, l'entraide, la confiance en soi ressortent dans chacun de ces tableaux, sinon par écrit, au moins dans les commentaires qui accompagnaient la présentation des affiches collectives. C’est tout l’esprit de la gestion mentale qui est exprimé ainsi, particulièrement en ce qui concerne l’entraide qui fut l’une des premières intuitions d’Antoine la Garanderie (Une pédagogie de l'entraide, 1974). J’en suis particulièrement heureux, parce que c’est la preuve que, cette année plus encore que par le passé, nous avons touché encore plus profondément que d’habitude le cœur de ces adolescents.

Le témoignage des « anciens ».

Enfin, et c’est une innovation de cette année, plusieurs anciens ont proposé spontanément de venir témoigner en fin de matinée de la manière dont ils avaient vécu les premiers mois de leur année de Première. Bien sûr, tout n’a pas été facile pour eux, mais ils se sont raccrochés aux découvertes et aux enseignements de leur classe de méthodologie. Ils l’ont dit avec simplicité et ont répondu aux questions de leurs jeunes camarades qui témoignaient tout de même d’une petite appréhension devant ce grand saut. Le pique-nique commun qui a suivi a été particulièrement joyeux.

 

 « Moi en septembre – moi en juin » 

Moi en septembre : je ne connaissais pas l’utilité des évocations et je les utilisais essentiellement lors des loisirs. Je ne savais pas ce que c’est. J’avais beaucoup de problèmes de concentration et de mémorisation. J’apprenais mécaniquement. Moi aujourd’hui : j’ai appris qu’il y a quelque chose qui est à la base de la concentration, de la réflexion, de la mémorisation et de la compréhension : ce sont les évocations. J’ai appris qu’il y a un lien entre ces mots et que, pour apprendre, il faut faire des liens avec ce que je connais déjà. J’ai aussi appris que je suis destinée à me poser des questions et à chercher le sens des choses. J’ai appris le plaisir d’apprendre.

Moi en septembre : je n’avais pas de méthodes de travail. J’apprenais tout par cœur. Je ne me faisais aucune évocation, rien du tout. Je réécrivais tout ce que je savais. Moi maintenant : maintenant j’ai plusieurs méthodes de travail. Je sais apprendre mes cours sans les apprendre par cœur, j’ai appris la mémorisation. J’ai appris les évocations ce qui me permet d’apprendre. Je sais écrire ce qu’il faut pour une question, pas tout réécrire.

Septembre : je n’arrivais pas à mémoriser des définitions/leçons/phrases. Je ne me connaissais pas, j’avais peur. J’apprenais mes leçons par cœur sans les comprendre. Je ne savais pas faire des fiches toute seule. Juin : je sais faire des fiches seule. J’ai remarqué que j’étais plus visuelle : j’apprends mieux en voyant qu’en écoutant.

En septembre, j’avais de grosses difficultés pour me concentrer, et pour apprendre (ainsi que pour mémoriser). J’essayais d’écrire pour retenir un cours, de le lire plusieurs fois, mais grâce à ces stages j’ai compris que ces méthodes ne me correspondaient visiblement pas. J’ai donc acquis de nouvelles méthodes à l’aide de vos conseils comme de remettre son cerveau en « marche », de faire des évocations, de se projeter, ainsi que d’autres conseils que j’ai tenté de mettre le plus possible en application. Aujourd’hui, je me sens plus forte, et je sens que je peux faire beaucoup de choses si je le veux. Merci pour votre temps, votre aide et vos conseils précieux.

En Septembre, je me sentais perdue et en manque de confiance en moi. Je travaillais sans vraiment comprendre ce que je faisais. J’avais peur de ne pas parvenir à la section que je voulais. J’avais surtout peur de ne pas réussir à changer mes méthodes de travail de peur que cela ne fonctionne pas avec moi. Mais aujourd’hui  j’ai réussi à parvenir à ma section désirée (1re S). J’ai une meilleure confiance et je commence à ne plus me sous-estimer. Les méthodes enseignées m’ont beaucoup aidée (en particulier les schémas heuristiques). Grâce à ces méthodes, j’ai pris le goût d’étudier, d’apprendre et de comprendre. Je commence à faire automatiquement des évocations. Même si j’appréhende la première, je sais qu’avec ces méthodes je pourrai avancer et y parvenir et y arriver. Je pense avoir bien changé ma méthode de travail pour le meilleur.

Avant, en septembre, j’étais inquiète, inquiète car j’avais peur de ne pas y arriver, peur de participer à l’oral, je n’avais pas confiance en moi. J’avais aussi peur de ne pas passer en première STSS. J’étais aussi timide. Je me suis rendu compte que cette classe de méthodologie apportait beaucoup de possibilités de confiance en soi, les profs sont à notre écoute et nous soutiennent (c’est vraiment important). Après, aujourd’hui, en juin, je me suis rendu compte que j’avais pris, grâce à cette classe, de la confiance en moi, et que pour y arriver il faut s’en donner les moyens. Aujourd’hui j’arrive à parler à l’oral plus facilement qu’au début de l’année. Aujourd’hui, je passe en STSS et j’en suis fière, car je vais me donner à fond pour pouvoir réaliser mon souhait : être infirmière. Je vous remercie, Guy, pour m’avoir apporté quelques conseils pour y arriver. Grâce à vous, j’apprends mieux, j’apprends plus vite, je comprends mieux et je comprends plus vite ! Merci de tout mon cœur.

En septembre, je pensais que pour être un « bon élève » il fallait juste apprendre ses leçons par cœur et les ressortir bêtement au professeur. Et d’ailleurs je ne le faisais pas car je ne voyais pas l’utilité, et je pensais que c’était pour ça que j’échouais. Mais aujourd’hui, j’ai évolué énormément car j’ai compris ce que l’on attendait de nous. Je sais comment pouvoir réussir dans mes études et même dans la vie grâce aux méthodes que vous nous avez « données ». Je sais maintenant comment faire pour mémoriser, me concentrer, apprendre ! Je vous remercie de tout mon cœur pour le temps que vous nous avez accordé et pour votre générosité ! J’espère ne pas perdre contact avec vous. Merci encore !

En septembre : je n’avais pas confiance en moi, je doutais de ce que les stages allaient m’apporter de meilleur. Je n’avais pas les bonnes méthodes, et je ne faisais pas d’évocations. Je n’avais pas d’intérêt pour les matières ou pour le travail. Maintenant : j’applique ce que l’on m’a appris : j’ai confiance en moi, je me pose les « 5 questions ». Je fais des fiches, ce qui m’a aidé deux semaines avant l’arrêt des notes et permis de remonter ma moyenne. Cette prise d’initiative a été un peu tardive, mais elle m’a redonné confiance, que je redouble ou non. J’ai trouvé de l’intérêt pour certaines matières.

Moi en septembre : je n’avais pas les bonnes méthodes. Je n’avais aucune confiance en moi. Je n’avais pas de projet. Je ne me voyais pas dans le futur. J’étais mal à l’aise quand je devais parler devant tout le monde. Moi maintenant : je suis beaucoup plus mature. J’ai une vision plus claire des choses. J’ai beaucoup plus confiance en moi. J’ai tout un projet : je voudrais, après la filière STSS, faire une école d’infirmières et petit à petit devenir infirmière de bloc opératoire. Maintenant je prends plus plaisir à apprendre mes cours et à participer en classe. Je vois ce que m’apportent réellement les cours. Je suis plus ouverte. Et surtout, j’applique les méthodes !

En septembre, je pensais que même avec les choses que j’allais apprendre durant l’année qui allait suivre, je n’y arriverai pas. Je n’avais pas confiance en moi. Mais au final en ce mois de juin, je me dis que je n’aurais jamais dû penser cela. Aujourd’hui, j’ai confiance en moi. L’an prochain, grâce aux connaissances et aux méthodes apprises, je vais réussir à travailler comme il faut. J’espère enfin réussir à appliquer, à mémoriser, à apprendre. Au début de l’année, il y avait des matières que je n’aimais pas, car je n’y arrivais pas. Mais maintenant, j’ai appris à les aimer, a m’y intéresser en me posant plein de questions sur ces matières. J’ai fait ma curieuse. Et j’aime ces matières, même si je n’arrive pas toujours à comprendre. JE ME POSE LES CINQ QUESTIONS  (en majuscules le texte) et déjà c’est plus clair dans ma tête. De plus, avant cette année de seconde, je faisais des fiches, mais j’écrivais tout mon cours dessus. Aujourd’hui, je fais mes fiches avec les mots-clés, j’approfondis mon cours. Je cherche à savoir le pourquoi du comment. Grâce à vous je comprends, j’aime beaucoup travailler. Comme vous l’a dit un ancien, c’est devenu un jeu. Merci beaucoup. Tout ce que vous faites est formidable.

Moi en septembre : je n’avais pas du tout confiance en moi et je ne savais pas comment bien apprendre. Je ne savais pas très bien utiliser mon cerveau pour tout comprendre. Moi en juin : j’ai confiance en moi et je sais beaucoup mieux apprendre. J’ai pris beaucoup plus d’assurance en moi. J’ai grandi, mûri, j’ai appris que si je ne réussissais pas c’était parce que mes méthodes étaient mauvaises. J’ai compris le sens de certains mots tels que « apprendre », « comprendre », etc… ce qui me semble important.

Septembre : j’avais peur du regard des autres. Je n’arrivais pas à me concentrer. Je n’arrivais pas à apprendre. J’avais peur de ce que pensaient les autres ou les profs sur moi. Juin : je n’ai plus peur du regard des autres car je sais que les autres ont aussi peur. Je me parle et je donne des ordres à mon cerveau pour mieux me concentrer. J’ai appris à apprendre et à mémoriser. Maintenant, je me fiche de ce que les autres pensent car je suis moi-même. J’arrive mieux à être plus attentif et plus concentré. Je mets dans ma tête ce que j’apprends pour pouvoir le réutiliser dans les évaluations ou les contrôles groupés. J’ai essayé de me faire des fiches quand j’apprends mes cours et pour mettre l’essentiel du cours.

Quand je suis arrivé en septembre, je n’étais pas bien parce que je ne voulais pas intégrer cette classe. J’étais stressée par le lycée. Au fil de l’année, j’ai compris pourquoi j’étais là et j’ai apprécié qu’être dans cette classe. Il a fallu du temps, mais je me suis adaptée, plutôt moralement que physiquement. En cette fin d’année, je suis plus sereine. Pour l’instant ces méthodes n’ont pas encore fait leurs preuves. Mais je ne compte pas m’arrêter là et continuer dans mon avancée. Je n’étais pas bien au début de l’année car je n’avais pas de but lointain. Maintenant j’en ai un. Merci pour cette année.

En septembre, je ne savais pas comment travailler. Je n’arrivais pas à apprendre. Je ne me concentrais que sur ce qui m’intéressait. Fin d’année : j’ai des méthodes. J’apprends mieux. Je me concentre plus (pas encore beaucoup mais plus).

En septembre, je ne me sentais pas à ma place. J’étais inconfiant (sic) en moi Je n’avais pas la moindre idée de ce que je ferais après cette année. Je n’avais aucune méthode de travail. En juin, grâce à la méthodologie, à ce que j’ai appris cette année, j’ai pu enfin trouver mes marques. Ma confiance en moi a fait un très grand pas en avant et maintenant je sais qui je suis et ce que l’avenir me réserve. Je suis prêt à affronter les obstacles mieux que jamais avec ma nouvelle coquille. (Référence au « complexe du homard » de Françoise Dolto, dont cet élève nous a donné un compte rendu synthétique très fidèle lors de sa prise de parole pour les conseils aux successeurs).

Avant : je ne savais pas comment m’organiser, je ne savais pas comment me préparer pour un contrôle. Après : je savais mieux m’organiser pour les contrôles,  mais je l’ai pas trop mis en place, donc des fois j’ai eu des difficultés.

Septembre : mal organisé, projet d’études inaccessible, flou, appréhension de la seconde. Juin : plan de travail, fiches, objectif précis d’études, confiance en mes capacités, visualisation de mon futur. Ce qui m’a intéressé cette année, c’est tout le côté psychologie et découverte de mes propres capacités de mémorisation, de réflexion et de compréhension. J’ai réussi à me stabiliser dans mes résultats, à me concentrer et à exploiter mes connaissances sur la durée..


Cette année de seconde a eu le même impact sur moi que la Renaissance sur l’Europe. Tout a été remis en question, et est encore en reconstruction en ce moment même. J’ai compris que la compréhension ne se développait pas en heures penché sur des lignes mais en données décryptées et remanipulées. La philosophie de mes amis ayant également changé, il a fallu m’adapter, ou faire le vide parmi eux. Je me pensais invulnérable, mais le passage de 13 de moyenne à 10,25 m’a remis les idées en place, la difficulté est bien réelle pour nous tous. Il me faudra des mois, des années même, avant que mes méthodes s’affinent. Guy, vous avez été le lanceur de la fusée. Maintenant que j’ai quitté la stratosphère, à moi de poursuivre la route en évitant les obstacles, en gérant le carburant.

 

Conseils aux successeurs.

Groupe 1.

Ne pas se décourager dès la première difficulté.

Dès le premier stage, mettre en application les conseils.

Ne pas se laisser abattre par le regard des autres.

Être ouvert d’esprit.

 

Groupe 2.

Appliquer les méthodes dès le début et ne pas se laisser décourager.

Toujours se projeter dans le futur

Toujours essayer de comprendre

Essayer d’appliquer les cinq questions

 

Groupe 3.

Être à l’écoute

Avoir confiance en ses capacités

Accepter de changer sa méthode de travail : ouvrir son esprit

 

Groupe 4.

Être impliqué dès le début

Avoir confiance en soi

Être motivé

Se voir dans le futur

Ne pas perdre espoir

Ces stages ont été très bénéfiques pour nous. Ils le seront pour vous aussi.

Acceptez le changement des méthodes

Entraidez-vous

Posez des questions aux professeurs

Participez même si vous n’êtes pas sûrs de votre réponse.

 


 

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