Saint patron des causes perdues
Aujourd’hui, 26 avril 2026 ce petit blog sans
prétention a passé le cap des 200 000 pages « lues » (enfin en
principe, selon son compteur numérique sans âme ni conscience…).
On connait bien
Saint Antoine qu’on prie (parfois…) pour retrouver un objet perdu, ou lorsque l’on
désespère d’atteindre son but. On le dit pour cela et avec raison « patron
des causes perdues »… Il a du pain
sur la planche. Et de fait, le nombre de
posts en tous genres déplorant le manque de mémoire des élèves avctuels affluent
sur les réseaux sociaux (!) de la part d’accompagnateurs et de professeurs ne
sachant plus à quel Saint se vouer, celui-ci compris ! Leurs plaintes et leurs prières restent pourtant
vaines…
Toutefois, il existe
d’autres Antoine, et qui proposent des moyens bien plus pratiques et efficaces de
s’en sortir par ses propres moyens, en pleine « autonomie » !
Voyons cela de plus près.
v "Pour ce qui est de l'avenir,
il ne s' agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible."
Je trouve que cette pensée d’Antoine de Saint-Exupéry correspond bien à ce
que la Gestion mentale entend par « mémorisation », ce geste mental
qui, pour elle, est essentiellement une projection dans le futur. Mais on
comprend bien que l'élève en difficulté soit amené à se limiter à "prévoir"
son avenir scolaire : son futur n’est-il pas pour lui synonyme de toutes
sortes de désagréments en puissance, mauvaises notes, reproches et réprimandes, dégradation de son image... ? Jusqu'à fuir par
tous les moyens ces sombres prévisions... s'interdisant alors toute
mémorisation. En s'efforçant de mémoriser de la bonne manière le fruit
de son travail, ne pourrait-il pas "renverser la tendance" et
s'attacher plutôt à "rendre possible" un avenir plus souriant ? Oui, mais comment ?
Un peu plus tard, un autre
Antoine précisait cette heureuse perspective et en fournissait les moyens
concrets :
v
« Nos acquis ont la destinée que nous leur avons
donnée », nous rappelait avec force Antoine de La Garanderie
lors d’un groupe de travail en 2000.
"Nos acquis ont la
destinée que nous leur avons donnée et ils n'ont pas d'autre sens que celui que
nous leur avons donné. Un élève qui apprend sa leçon pour la réciter ne tirera
partie de sa leçon que dans une situation de récitation. Un élève qui apprend
sa leçon, non pas pour la réciter, mais uniquement pour l'utiliser dans une
perspective de problème ne saura pas réciter sa leçon, mais se montrera
efficace dans la résolution de problème, parce que c'est le projet de sens
qu'il aura donné à son travail. »
Ainsi, plutôt que de prier
Saint-Antoine, l’accompagnateur ou le professeur pourra-t-il solliciter chez l’élève,
et au meilleur moment : en classe même, cet « imaginaire d’avenir »,
cette anticipation positive de réalisations futures réussies et
gratifiantes. Comment cela se peut-il ?
Imaginons l’élève en présence d’un texte à comprendre, d’un exercice à
résoudre, et qui, avec une aide au besoin, arrive à ses fins. N'a-t-il pas alors
les moyens de mettre en scène sa réussite à venir, pour peu que quelqu'un
l'aide à peindre une « toile de fond » cohérente avec les attentes
professorales (une récitation, ou une réflexion pour résolution un problème,
etc) ? Ainsi, assuré à l'avance de son "pouvoir être à la
hauteur" de la situation future, pourra-t-il dans son présent anticiper la
"récupération" dans les meilleures conditions de ce qu’il apprend
présentement. Alors "positivé" par son action, par son
"travail" présent, cet avenir sera rendu non seulement possible (source de pouvoir être), mais également source de plaisir et de fierté
anticipés et donc de motivation.
L’élève trop frileux, par
expérience de ses échecs passés, dans ce saut dans l’inconnu menaçant du futur a
besoin de cet étayage provisoire pour s’habituer à se projeter ainsi
dans cet avenir dont il aura chassé les images paralysantes, les remplaçant par
de plus souriantes perceptives, non pas « irréalistement rêvées »
mais bien concrètes et résultats directs de son action présente.
La Garanderie va plus loin encore
dans son analyse, faisant de ce type de « projection
imaginative » la base de nos intuitions en résolution de problèmes. Le
texte entier ici :
https://drive.google.com/file/d/1usEoz8rayhNwUBaxUhZJTfLblzX4U4xf/view?usp=sharing
Tout cela est bien joli et un
peu fumeux, penseront certains. Mais les neurosciences, qu’en disent-elles de la
mémorisation et de cet imaginaire d’avenir ?
v « Nous
nous trompons tous sur le rôle de la mémoire : c'est un système tourné
vers le futur et non vers le passé.
Pour Dehaene, c’est très clair :
« Nous nous trompons tous sur le rôle de la mémoire : c'est un
système tourné vers le futur et non vers le passé. le rôle de la mémoire n'est
pas de regarder en arrière, mais au contraire d'envoyer l'information dans
l'avenir, parce que nous estimons qu'elle nous y sera utile. »
Dont acte.
Mais quand cette anticipation
des utilisations futures est peuplée d'expériences négatives passées, d'échecs
cuisants, de moments de panique et de trous noirs, qu'en est-il alors de cette
« mémorisation de la peur » ? Nos émotions jouraient-elles un rôle
dans la qualité de notre mémorisation ?
C'est encore un autre Antoine,
Antonio Damasio qui nous renseigne. Pour, pas plus qu’aucune aucune activité
cognitive, la mémorisation n'est pas une spécialité du seul cerveau. Elle est
avant tout l'action de notre « esprit conscient ». Si les animaux supérieurs
sont dotés d’un esprit leur permettant d'estimer le plaisir ou le déplaisir attaché
à une situation, seul l'être humain en est conscient et peut intervenir consciemment
pour utiliser cette capacité à son avantage.
Anticiper une situation à venir
pour y placer à l'avance un contenu scolaire, oui, mais à la condition que
cette situation soit accompagnée d'une sensation anticipée de plaisir. Si au
contraire l'anticipation d'avenir est connotée négativement par l'expérience
passée, le mécanisme cérébral associé se bloquera et le souvenir non mémorisé
n’aura aucune chance de nous revenir au moment voulu.
Voilà les compléments
réalistes, et à la portée de tous, que ces trois « Antoine » apportent
à l'action supposément magique du brave à « Saint des causes perdues ».
Mais ces moyens qu'ils proposent ne sont rendus disponibles par aucune prière
ou opération magique. C’est bien plutôt par
la prise de conscience, accompagnée au besoin, de posséder en soi les
pouvoirs tout à fait réels de l'être humain et de son esprit associé à sa
splendide capacité neuronale.
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