dimanche 26 avril 2026

195. Non ! La mémorisation n'est pas une opération magique !


           Saint-Antoine :

Saint patron des causes perdues

Aujourd’hui, 26 avril 2026 ce petit blog sans prétention a passé le cap des 200 000 pages « lues » (enfin en principe, selon son compteur numérique sans âme ni conscience…).
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 Pour célébrer ce « passage » important (pour moi au moins), je mets à niveau mon ancien post numéro 14 sur la MÉMORISATION, ce geste si mal compris, y compris par les neurosciences (sauf Dehaene, et encore…), et cependant tellement nécessaire pour la réussite scolaire.
On connait bien Saint Antoine qu’on prie (parfois…) pour retrouver un objet perdu, ou lorsque l’on désespère d’atteindre son but. On le dit pour cela et avec raison, « patron des causes perdues »…  Et de fait, il a du pain sur la planche, vu le nombre de posts déplorant le manque de mémoire des élèves actuels : ils affluent sur les réseaux sociaux de la part d’accompagnateurs et de professeurs ne sachant plus à quel Saint se vouer, celui-ci compris !  Leurs plaintes et leurs prières restent pourtant vaines…
Toutefois, il existe d’autres Antoine, peut-être pas aussi saints, mais qui proposent des moyens bien plus pratiques et efficaces que des prières ou des plaintes pour s’en sortir par ses propres moyens, en pleine « autonomie » ! Voyons cela de plus près.
v "Pour ce qui est de l'avenir, il ne s' agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible."
Je trouve que cette pensée d’Antoine de Saint-Exupéry correspond bien à ce que la Gestion mentale entend par « mémorisation », ce geste mental qui, pour elle, est essentiellement une projection dans le futur.  Mais on comprend bien que l'élève en difficulté soit amené à se limiter à "prévoir" ce futur scolaire. Mais que peut-il prévoir sinon toutes sortes de désagréments, mauvaises notes, reproches et réprimandes, dégradation de son image... ? Jusqu'à fuir par tous les moyens ces sombres prévisions... s'interdisant ainsi toute véritable mémorisation en se bornant alors à d'ennuyeux et inefficaces rabâchages sans lendemain. En s'efforçant de mémoriser de la "bonne manière" le fruit de son travail présent, ne pourrait-il pas "renverser la tendance" et s'attacher plutôt à "rendre possible" un avenir plus souriant ? Oui, mais comment ?
Voilà les compléments réalistes, et à la portée de tous, que ces trois « Antoine » apportent à l'action supposément magique du brave à « Saint des causes perdues ». Mais ces moyens qu'ils proposent ne sont le résultat d'aucune prière ou opération magique.  C’est bien plutôt par la prise de conscience, accompagnée au besoin, de posséder en soi les pouvoirs tout à fait réels de l'être humain et de son esprit associé à ses splendides capacités neuronales.
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Un peu plus tard, un autre Antoine précisait cette "bonne manière"  et en fournissait les moyens concrets :
v    « Nos acquis ont la destinée que nous leur avons donnée », nous rappelait avec force Antoine de La Garanderie lors d’un groupe de travail en 2000. 
"Nos acquis ont la destinée que nous leur avons donnée et ils n'ont pas d'autre sens que celui que nous leur avons donné. Un élève qui apprend sa leçon pour la réciter ne tirera partie de sa leçon que dans une situation de récitation. Un élève qui apprend sa leçon, non pas pour la réciter, mais uniquement pour l'utiliser dans une perspective de problème ne saura pas réciter sa leçon, mais se montrera efficace dans la résolution de problème, parce que c'est le projet de sens qu'il aura donné à son travail. »


Ainsi, plutôt que de prier Saint-Antoine, l’accompagnateur ou le professeur pourra-t-il solliciter chez l’élève, et au meilleur moment en classe même, cet « imaginaire d’avenir », cette anticipation positive de réalisations futures réussies et gratifiantes. Comment cela se peut-il ?


Imaginons l’élève en présence d’un texte à comprendre, d’un exercice à résoudre, et qui, avec une aide au besoin, arrive à ses fins. N'a-t-il pas alors les moyens de mettre en scène sa réussite à venir, pour peu que quelqu'un l'aide à peindre cette imaginaire « toile de fond », en cohérence avec les attentes professorales (une récitation, ou une réflexion pour résoudre un problème, etc) ? Ainsi, assuré à l'avance de son "pouvoir être à la hauteur" de la situation future, pourra-t-il dans son présent anticiper la "récupération" dans les meilleures conditions de ce qu’il apprend présentement.   "Positivé" par son action, par son "travail" présent, cet avenir sera alors rendu non seulement possible (source de pouvoir être), mais également source de plaisir et de fierté anticipés et donc de motivation.


Rendu par l'expérience de ses échecs passés, trop frileux dans ce saut dans l’inconnu menaçant du futur, l’élève a besoin de cet étayage provisoire pour s’habituer à se projeter ainsi dans cet avenir dont il aura chassé les images paralysantes, les remplaçant par de plus souriantes perceptives, non pas « irréalistement rêvées » mais bien concrètes et résultats directs de son action présente.


La Garanderie va plus loin encore dans son analyse, faisant de ce type de  « projection imaginative » la base de nos intuitions en résolution de problèmes. Le texte entier ici :
https://drive.google.com/file/d/1usEoz8rayhNwUBaxUhZJTfLblzX4U4xf/view?usp=sharing 
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Tout cela est bien joli, penseront certains. Mais les neurosciences, qu’en disent-elles de la mémorisation et de cet imaginaire d’avenir  un peu fumeux ?
vv « Nous nous trompons tous sur le rôle de la mémoire : c'est un système tourné vers le futur et non vers le passé.
Pour Dehaene, c’est très clair : « Nous nous trompons tous sur le rôle de la mémoire : c'est un système tourné vers le futur et non vers le passé. le rôle de la mémoire n'est pas de regarder en arrière, mais au contraire d'envoyer l'information dans l'avenir, parce que nous estimons qu'elle nous y sera utile. »
Dont acte. Mais il faut aller plus loin.
Quand cette anticipation des utilisations futures est peuplée de souvenirs d'expériences négatives passées, d'échecs cuisants, de moments de panique et de trous noirs, qu'en est-il alors de cet "envoi dans l'avenir", véritable « mémorisation de la peur » ? Nos émotions joueraient-elles un rôle dans la qualité de notre mémorisation ?
C'est encore un Antoine, Antonio Damasio, le  neuroscientifique bien connu, qui nous renseigne. Pas plus qu’aucune autre activité cognitive, la mémorisation n'est une spécialité du seul cerveau. Elle est avant tout l'action de notre « esprit conscient ». Si les animaux supérieurs sont dotés d’un esprit leur permettant d'estimer le plaisir ou le déplaisir attaché à une situation, seul l'être humain en est conscient et peut intervenir consciemment pour utiliser cette capacité à son avantage en anticipant plaisir ou déplaisir.


Anticiper une situation à venir pour y placer à l'avance un contenu scolaire, oui, mais à la condition que cette situation soit accompagnée d'une sensation anticipée de plaisir. Si au contraire l'anticipation d'avenir est connotée négativement par l'expérience passée, le mécanisme cérébral associé se bloquera et le souvenir non mémorisé n’aura aucune chance de nous revenir au moment voulu.

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1 commentaire:

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