En cette fin d'année 2011 où le ciel s'assombrit comme jamais avec des prophéties alarmistes en tous genres, la tâche d'accompagner des jeunes est vraiment délicate. Comment les guider vers un avenir aussi compromis, sans tomber dans un pessimisme propre à couper les ailes aux plus intrépides d'entre eux ? Je mets aujourd'hui en ligne deux textes (ce message 51 et le suivant 52) qui complètent celui du message 21 "Autonomie et Education".
Le premier est consacré au Projet en éducation : projet personnel, projet d'orientation, projet d'apprendre, projet de vie, sont intimement imbriqués : comment les accompagner pour ce qu'ils sont dans la perspective d'un même projet fondamental : le "projet d'être" qui leur donne leur vrai sens?
Le second est consacré à l'accompagnement vers l'Excellence. Il forme avec les deux autres un triptyque qui donne le sens de l'ensemble à quoi peut se résumer la tâche éducative. Ecrits tous les trois à la fin des années 1990 pour la revue de l'établissement scolaire où j'exerçais mon métier d'éducateur, ils n'ont rien perdu de leur actualité, et même ils correspondent encore mieux, me semble-t-il, à l'époque sombre que nous traversons.
UN DEFI POUR L’EDUCATION : LE PROJET.
Si un mot aura marqué la fin de notre
siècle, c’est bien celui de « projet . «
Il manque un projet à notre société en mutation », « Le gouvernement n’a pas de
projet pour le pays « Une entreprise sans projet n’est qu’un bateau ivre »....
Le monde de l’éducation n’est pas en reste. Il est devenu incontournable pour
tout établissement scolaire, public ou privé, de publier son « projet
d’établissement », ou mieux encore, son « projet éducatif ». Toute équipe
d’enseignants qui se constitue a pour première tâche d’écrire son « projet
pédagogique ». A partir de quel âge désormais les enfants sont-ils sommés
d’élaborer leur « projet professionnel » ? D’ailleurs, s’ils ne travaillent pas
comme on le souhaiterait, s’ils ne trouvent pas d’emblée le sens de leurs
études c’est bien entendu qu’ils n’ont pas de « projet personnel ». Et quand
tout va mal pour l’un ou l’autre d’entre eux, ne s’interroge-t-on pas sur le «
projet d’éducation de sa famille », sur son adéquation avec celui de
l’établissement ?
Finis les plans, qu’ils soient d’état ou
de carrière, les programmes soumis aux électeurs, et autres objectifs de
production qui fleurissaient au temps de l’assurance que rien ne changerait
avant longtemps. Pour autant, n’est-il pas paradoxal d’exiger des institutions
comme des individus qu’ils forment avec précision le dessein de leur avenir
dans les temps d’incertitude que nous connaissons ?
Le recours au concept flou de projet peut
cependant se comprendre et Jean-Pierre Boutinet, spécialiste en la matière,
nous y aide. Pour lui, le projet, parce qu’il valorise « l’inédit, l’idéal
recherché, l’inexistant désiré », s’accommode mieux de l’indétermination et de
la précarité de notre époque. Plus opaque est la ligne d’horizon, plus
nécessaire est-il d’afficher ses intentions et de connaître celles des autres
pour avancer avec le minimum de risques. Cela exige des organismes comme des
personnes des attitudes nouvelles. La tâche des organisateurs est désormais
d’harmoniser, en les articulant les uns aux autres, un foisonnement de projets
de tous calibres, de toutes directions, individuels ou collectifs, aux contenus
plus ou moins implicites et assez souvent contradictoires. Pour l’éducateur, il
s’agit plutôt d’aider à leur promotion et sa tâche est bien souvent aujourd’hui
auprès des jeunes celle d’un « accompagnateur de projet ». Dans ce sens, il
faut se demander quels sont les éléments constitutifs d’un projet authentique
et comment ils peuvent inspirer l’action éducative.